Interview de Claude Ricour, pédiatre
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- 15 nov. 2024
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 nov. 2025

Qui êtes-vous ? Parlez-nous de votre parcours.
Comme pédiatre hospitalier, j’ai eu à faire face à 3 défis nutritionnels majeurs qui m’ont amené à exercer successivement 3 modes de vie professionnelle très “contrastés”. En pratique, 3 métiers différents. Il y a 60 ans, il fallait faire face à la dénutrition extrême du nourrisson, d’origine médicale ou chirurgicale. Pour relever ce défi, j’ai contribué à la mise en place d’une structure de soins de haute technicité de renutrition artificielle, parfois prolongée de plusieurs mois, voire années, couplée ou non à des projets de transplantation digestive (intestin et foie).
Près de 30 ans plus tard, nous étions confrontés à un nouveau défi de malnutrition transgénérationnelle : une “'épidémie” d'obésité chez l’enfant et l’adolescent, avec ses impacts multiples, encore incomplètement décryptés, d’ordre somatiques et psycho-comportementaux. Pour tenter d’y faire face, j’ai participé, hors les murs de l’hôpital, à une mobilisation pluriprofessionnelle sociétale reposant en particulier sur des réseaux de soins ville-hôpital. Il y a 15 ans, cette vague d’obésité frappait les plus exposés et les plus à risques : les enfants et adolescents en situation de handicap mental, induisant chez eux un “sur-handicap” inacceptable, mais qui est loin d’être une fatalité. C’est dans ce contexte médico-social particulièrement fragile que je suis mobilisé auprès des professionnels et des familles pour développer un programme structuré de prise en charge, mais avant tout de prévention d’autant plus opérationnelle qu’elle sera précoce.
Comment avez-vous connu l'association les Transmetteurs ? Qu'est-ce qui vous a motivé à nous rejoindre en tant que bénévole ?
C’est au début de la crise du Covid que j’ai eu une certaine disponibilité et ai été mis en lien avec l’association. Quelques missions d’écoute téléphonique ont été, à mon avis, peu contributives.. En revanche, 2 ans plus tard, il m’a été demandé d’assurer l’accueil médicalisé de familles réfugiées, essentiellement mères et enfants, venant d’Ukraine. Cette expérience était plus dans mes compétences et ma contribution a été, je pense, positive face à ce drame…
En 2023, l’association les Transmetteurs m’a mis en contact avec une association internationale ”Make-a-Wish” qui recherchait un pédiatre bénévole en France pour assurer une fonction d’évaluation médicale des vœux exprimés par des enfants malades à haut risque. A partir de dossiers présélectionnés qui me sont soumis, ma mission comporte 2 étapes successives d’évaluation médicale menées auprès du médecin hospitalier référent de l’enfant. Le premier temps a pour objectif de prendre en compte la pathologie de l’enfant et sa gravité. Son éligibilité pour être retenue repose sur un ensemble de critères préalablement clairement définis par des experts internationaux. Le deuxième temps est beaucoup plus opérationnel : il a pour but d’évaluer, en concertation avec le médecin hospitalier référent, la faisabilité du vœu, en fonction des traitements mis en œuvre. Au décours de cette expertise, les conclusions sont transmises au coordinateur de l'association “Make-a-Wish”. En un an, j’ai eu à évaluer 31 dossiers, dont la majorité s’inscrivait dans le cadre élaboré par l’association, et la plupart des vœux ont pu se concrétiser, en prenant en compte la lourdeur des programmes thérapeutiques. Une telle mission est à pérenniser et de nouveaux volontaires seront les bienvenus.
Quels sont vos espoirs pour l’avenir de l’association les Transmetteurs et les actions qui sont menées ou qui pourraient être développées ?
Tout d’abord je voudrais souligner l’importance et l’originalité du concept sur lequel l’association a été créée. Les “anciens” professionnels de santé, quel qu’ait été leur mode d’exercice, ont acquis et développé
une masse remarquable d’expérience de terrain qu’ils peuvent “transmettre” à leurs collègues encore en activité. Ainsi, le recul et/ou le pas de côté qu’ont fait ces “anciens” peuvent dynamiser nombre d’actions particulièrement complexes à mener. Leur réemploi, bénévole ou non, pourrait de façon ponctuelle ou prolongée permettre de développer, par exemple, une active politique de prévention en santé publique. Dans ce contexte, si l’association les Transmetteurs envisageait de cibler le secteur médico-social, nombre de jeunes en situation de handicap mental et leurs familles pourraient bénéficier de l’expertise de ces anciens professionnels de santé. A titre personnel, et compte tenu de mon parcours je m’engagerai à faciliter ce lien.





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