Portrait de Transmetteur : Dr Claudine Freiermuth

Dernière mise à jour : sept. 13



Le Dr Claudine Freiermuth est Transmetteur depuis de nombreuses années et fortement engagée au sein de différentes activités. Vivant entre Paris et Cannes, elle fait le lien entre les deux régions et nous permet de nous développer dans les terres du Sud Est. Pour assurer le redémarrage de l’activité avec une nouvelle dynamique, le Dr Claudine Freiermuth a pris la coordination de la Formation des jeunes. Pour cette période de rentrée scolaire, nous vous proposons son portrait.






1. Pouvez-vous nous raconter votre arrivée au sein des Transmetteurs ?


Mon arrivée aux Transmetteurs nous conduit 12 ans en arrière. J’ai eu connaissance de l’association par le biais d’un article paru dans le Quotidien du médecin au moment où je venais de prendre ma retraite. Après des études de médecine à Clermont-ferrand, interne à l’hôpital de Cannes, j’ai préparé le CESAR (certificat études spécialisées anesthésie réanimation) à Marseille, J’ai ensuite exercé ma spécialité à l’hôpital Beaujon à Clichy et à l’hôpital Louis-Mourier à Colombes. La pratique de cette spécialité était devenue très technique, avec de moins en moins de contacts avec les patients. J’avais envie de revenir à une médecine plus humaine et j’ai profité de mon départ à la retraite pour le réaliser. Je voulais refaire de la médecine générale comme à mes débuts de carrière mais cette fois ci bénévolement, retrouver du lien, aller à la rencontre de l’autre où qu’il se trouve, y compris dans la rue.



2. Devenue Transmetteur, dans quelles activités vous êtes-vous engagée ?


Faire partie des Transmetteurs est une richesse humaine. C’est retrouver des activités et en quelque sorte une nouvelle vie après s’être demandé ce qu’on allait faire de cette période de retraite. On s’engage dans quelque chose où il est possible de donner mais aussi de recevoir beaucoup.

A mon arrivée, j’ai bénéficié d’un stage de régulation au Samu de Paris, à l’hôpital Necker, qui faisait partie du parcours du néophyte, puis effectué plusieurs exercices de médecine de catastrophe. Une fois intégrée à l’association, j’ai proposé des consultations de médecine générale auprès de personnes en situation de grande précarité à la Maison dans la rue. Je me suis également engagée au sein des Cellules d’urgence médico-psychologique, après avoir été formée par différents spécialistes.

J’ai choisi aussi de m’investir dans une autre activité qui fait partie du noyau dur des Transmetteurs : la formation des jeunes. Il s’agit de sensibiliser des lycéens en baccalauréat professionnel aux techniques d’approche des personnes fragiles et fragilisées.

J’adapte mon engagement bénévole aux besoins. En ce moment, je suis aussi écoutante pour SOS CRISE et réalise des permanences dans les centres de vaccination COVID-19. Cela m’amène à recevoir en consultation des personnes très anxieuses et gérer des situations difficiles, avec des personnes qui redoutent la vaccination ou sont sceptiques. Heureusement, la formation que j’ai reçue pour rejoindre SOS CRISE m’aide à faire face. J’ai assisté à des crises d’angoisse très fortes ; la crise actuelle va laisser des traces.



3. A partir de Septembre, vous prenez la coordination de l’activité “Formation des jeunes”. Pouvez-vous nous parler de cette activité ?


Chaque formation est rythmée de cinq thématiques présentées auprès d’un groupe de lycéens issus d’établissements des Académies partenaires (Paris, Créteil, Versailles) et du lycée Don Bosco de Lyon. Une pédagogie très vivante est mise en place. Pour ma part, j’adapte le cours à chaque nouvelle intervention. Les jeunes m’ont aidée à l’améliorer progressivement. Je précise que ce ne sont pas à proprement parler des cours. On essaie de faire passer des idées qui nous semblent importantes dans le domaine du médico-social ainsi que notre expérience, notamment au travers d’anecdotes.


Pour sensibiliser les jeunes à une approche globale du corps, on est parti des quatre codes fondamentaux mis en lumière par le Dr Xavier Emmanuelli : le corps, le temps, l’espace et l’altérité. Pour cela, j’ai moi-même dû me former, lire, assister à des conférences; j’ai eu ainsi la chance de pouvoir suivre les cours délivrés par Cynthia Fleury à l’Hôtel-Dieu. Cette ouverture à des problématiques différentes, à de nouvelles thématiques est une richesse.

Aux quatre fondamentaux du Dr Emmanuelli se sont ajoutés tout un panel de sujets (le prendre soin, les mutilations sexuelles, la douleur, le soin relationnel, les enfants migrants, les soins en milieu carcéral...) qui sont traités par des spécialistes en mesure de témoigner de leur expérience. Par ailleurs, les sujets sont choisis pour toucher directement les jeunes auxquels les formations s’adressent. A partir de cette bibliothèque de thématiques, le contenu de chaque formation est construit en binôme avec les enseignants.


En ce qui me concerne, je me suis rapidement intéressée au corps avec une vue autre que le corps biologique, en ouvrant ce dernier au corps psychologique, social et culturel. Quand on est médecin, on est forcément confronté au social. Pour prendre soin de quelqu’un, on doit considérer le corps dans son ensemble. On ne soigne pas un organe, on soigne un être humain. Mon expérience acquise par mes remplacements de médecine générale, les maraudes médicales dans des milieux très difficiles m’a aidée à prendre du recul. Même à Cannes, qui est une ville connue pour son côté bling bling, on voit des enfants dormir sur des chiffons.



Le Dr Claudine Freiermuth (à droite) au sein de la Cellule d'urgence médico-psychologique


4. Concrètement, qu’est-ce qui est transmis pendant une formation ?


Les lycéens qui assistent aux formations ne sont pas nos élèves. On n’a pas à leur apprendre un programme, ce n’est pas notre but. On tente surtout d’éveiller les jeunes à d’autres sensibilités, à partager avec eux notre expérience. Le fait que des médecins s’adressent à eux de façon très simple, en tête à tête, sur un même plan d’égalité est très valorisant. Et cela devient vraiment intéressant quand un échange se crée.


Un jour, une jeune fille m’a demandé “qu’est que l’esprit?” Question ardue... La discussion s’est alors orientée vers les notions d’esprit, d’âme et de cerveau, et ce qui est extraordinaire est que chacun a pris la parole. une discussion « philosophique » s’en est suivie, animée et ils se sont découvert plutôt à l’aise dans cette matière jamais abordée.

Le vrai enjeu est de donner la parole aux jeunes en les laissant s’exprimer car ils ont plein de choses à dire. Ils ont vécu de nombreuses expériences qui auraient pu les anéantir mais qui les ont renforcés.


Par ailleurs, il y a des tas de sujets que l’on peut mieux aborder que les enseignants. Notre module sur la sexualité est par exemple prodigué par deux gynécologues retraitées d’une façon très différente de ce qui est généralement proposé dans les lycées. Plutôt que d’orienter le sujet sur la contraception, on traite de la sexualité en soi et c’est très important.

Ce que proposent les Transmetteurs sont des sujets très divers, hors programme le plus souvent ou en complément, leur transmettre le plaisir d’apprendre, de s’enrichir, leur permettre de retrouver confiance en eux, eux qui ont tellement de richesse.



5. Pour cette rentrée, vous prenez la coordination de la formation des jeunes. Quels sont les principaux défis pour cette année qui débute ?


Notre objectif est avant tout de remobiliser l’équipe, de mettre les choses à plat et de réfléchir tous ensemble sur l’organisation de la formation et son contenu.

Après l’arrêt des formations imposé par le COVID-19 ces derniers mois, on souhaite relancer l’activité mais pour le moment, il y a encore de nombreuses incertitudes et il est difficile pour les établissements de s’engager actuellement sur le plan logistique, dans ce type de programme. Nous allons reprendre contact avec les établissements partenaires et rencontrer de nouveaux inspecteurs d’académie une fois la rentrée effective.


En parallèle, on profite de ce temps de latence pour tenter de tirer le bilan des expériences de formateurs et mettre de nouvelles choses en route. Par exemple, on souhaite proposer aux Transmetteurs “formateurs” plus de formations sur l’écoute, sur les techniques pédagogiques et des ateliers pratiques sur l’animation de formation. Cela me paraît important pour renforcer la qualité des cours, leur assurer un rythme qui mobilise l’attention des élèves…

Sans compter que cela nous permet aussi de créer du lien entre nous, de se rencontrer et de partager nos expériences.

Nous avons déjà une bonne équipe constituée mais nous espérons aussi attirer de nouveaux formateurs parmi nous et ainsi élargir notre vivier.

Enfin, il va nous falloir trouver une nouvelle salle pour dispenser les formations car l’ancienne n’est plus disponible. Nous concentrons nos recherches sur le 14ème arrondissement de Paris, proche de l’hôpital Necker, afin de pouvoir continuer à assurer la visite organisée dans les locaux du Samu de Paris. On avait déjà essayé de tenir les formations à l’intérieur du lycée, mais cela n’a pas la même portée pour les jeunes. Pouvoir sortir du cadre scolaire, visiter une ambulance médicalisée leur donne l’impression de participer à quelque chose d’extraordinaire.

Il y a donc beaucoup à faire. Il est tant de se remettre au travail ! C’est un nouveau début, une nouvelle dynamique pour la formation et l’association dans son entier.



6. Pour conclure, qu’est ce que la transmission pour vous ?


La transmission est fondamentale à notre condition d’être humain. On sait qu’on est très peu de chose sur terre à l’échelle individuelle. Après la vie, restera de nous ce qu’on aura transmis. C’est peut-être ça notre éternité. L’un des aspects de la crise actuelle de notre société est que la famille soit réduite au minimum, et que les grand-parents n’aient plus l’occasion de transmettre aux petits enfants. La transmission du savoir se réduit et on souffre de cette situation. Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui se ferme.

Au sein des Transmetteurs, l’activité d’enseignement avait été imaginée par le Dr Xavier Emmanuelli comme une activité d’intercrise. Heureusement, il n’y a pas toujours des attentats, épidémies... La formation des jeunes a été instituée dans cette optique. Pendant la crise actuelle, les cours auprès des lycéens s'arrêtent mais ça ne nous empêche pas de continuer à travailler dessus en attendant le redémarrage.

La formation des jeunes est une activité qui a le pouvoir d’attirer de nouveaux Transmetteurs et de les fidéliser car elle nous permet de trouver du sens et un juste équilibre entre la pratique et la transmission. Transmettre, c’est en même temps se cultiver, réfléchir – et réfléchir tous ensemble, c’est encore mieux.

Tous ceux qui ont participé à la formation des jeunes en ont tiré un grand plaisir et beaucoup de richesse.